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Iran, Hormuz, Israël : le retour brutal de la géographie

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L’accord annoncé entre Washington et Téhéran, les menaces autour du détroit d’Hormuz, l’escalade entre Israël et le Hezbollah et la poursuite du désastre à Gaza rappellent une vérité simple : au Moyen-Orient, la diplomatie ne flotte jamais au-dessus des cartes, des détroits, des armes et des peuples martyrisés.

Le Moyen-Orient a ceci de cruel qu’il dément en permanence les illusions diplomatiques. Un accord peut être signé, salué, annoncé comme une sortie de crise, puis se heurter aussitôt à la géographie, aux appareils militaires, aux calculs de puissance et aux colères accumulées. La séquence ouverte autour de l’accord entre Washington et Téhéran en donne une démonstration sèche.

Les éléments disponibles indiquent qu’un mémorandum entre les États-Unis et l’Iran vise à interrompre une guerre régionale élargie et à stabiliser la question du détroit d’Hormuz. Mais la solidité de ce dispositif paraît incertaine. Des discussions ont été reportées, Washington a maintenu une pression temporelle sur Téhéran, l’Iran envisage de nouvelles formes de contrôle financier ou assurantiel sur le passage des navires dans le détroit, et l’escalade au Liban a montré que le dossier iranien ne se laisse pas isoler du front israélo-libanais.

Hormuz est le rappel matériel de ce que les chancelleries préfèrent parfois oublier. Ce détroit n’est pas une abstraction sur carte. C’est une gorge énergétique mondiale. Il concentre les flux, les risques, les primes d’assurance, les souverainetés maritimes, les droits de passage, les menaces militaires et les intérêts des armateurs. Quand l’Iran envisage de faire payer des frais liés à la sécurité ou à l’assurance du transit après une période de suspension, il ne s’agit pas d’un simple geste administratif. C’est une manière de dire que la souveraineté peut aussi se monnayer dans les passages obligés.

Cette perspective heurte les puissances maritimes et les acteurs du commerce mondial. Elle pose une question juridique réelle : jusqu’où un État riverain peut-il faire payer des services de sécurité sans transformer le passage en péage politique ? Elle pose surtout une question stratégique : que vaut l’ordre maritime international si une guerre régionale peut rendre chaque route vulnérable, chaque cargaison négociable, chaque détroit militarisable ?

Israël, de son côté, apparaît plus isolé qu’il ne le prétend. Le soutien américain reste central, mais même Washington montre des signes d’irritation lorsque les calculs de Tel-Aviv menacent la désescalade voulue avec Téhéran. Les tensions entre responsables américains et ministres israéliens ne signifient pas une rupture stratégique. Il serait naïf de l’annoncer. Elles révèlent plutôt un décalage : l’État israélien poursuit sa logique de force maximale, tandis que Washington cherche à préserver son architecture régionale, ses routes énergétiques et sa capacité de négociation.

Au Liban, l’accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, obtenu après une escalade meurtrière, montre la fragilité de l’ensemble. Une frappe, une riposte, une déclaration incendiaire, et l’accord irano-américain peut vaciller. Dans cette région, il n’y a pas de dossier séparé. Gaza, le Liban, l’Iran, Hormuz, les colonies, les sanctions, les routes maritimes et les bases américaines appartiennent à une même architecture de domination et de riposte.

Gaza demeure le centre moral de cette crise. Les informations rapportées sur les enfants tués depuis le cessez-le-feu rappellent que la diplomatie peut avancer pendant que la destruction continue. Un cessez-le-feu qui laisse mourir les civils n’est pas une paix. Une négociation qui oublie les corps n’est qu’une gestion de rapports de force. Le droit international n’a de sens que s’il protège les plus vulnérables, non s’il sert seulement à encadrer les intérêts des puissants.

Le mouvement norvégien visant à couper le commerce avec les colonies israéliennes illégales signale une autre tendance : l’occupation devient de plus en plus coûteuse politiquement pour les alliés d’Israël. Là encore, il faut distinguer tendance et basculement. Les sanctions ciblées, les restrictions commerciales, les critiques européennes ou les colères onusiennes ne suffisent pas à changer le terrain si elles ne deviennent pas contraignantes. Mais elles fissurent le récit d’impunité.

La lecture algérienne devrait être claire. Il ne suffit pas de dénoncer l’ordre du plus fort. Il faut aussi défendre une cohérence : droit des peuples, refus de l’occupation, souveraineté des États, liberté de navigation encadrée par le droit, protection des civils, rejet des doubles standards. L’Algérie a historiquement une parole sur ces sujets. Encore faut-il qu’elle la déploie avec méthode, alliances, diplomatie active et crédibilité interne.

La géographie est revenue. Les détroits parlent. Les routes énergétiques parlent. Les ruines de Gaza parlent. Les frontières libanaises parlent. L’ordre régional ne se réglera pas par des communiqués lisses. Il se jouera entre droit et force, entre souveraineté et commerce, entre occupation et résistance, entre calcul impérial et exigence de justice. Le reste n’est que langage de chancellerie posé sur un sol qui brûle.

Nadir Amrouche

Sources utilisées

  • Presse : BBC Afrique, “Que prévoit l’accord entre les États-Unis et l’Iran ?”.
  • Presse : TSA Algérie, “Israël, le grand isolement : même Washington s’irrite”.
  • Presse : RFI Monde, “À Gaza, un enfant est tué chaque jour en moyenne depuis le début du cessez-le-feu”.
  • Presse : Middle East Eye, articles sur l’accord US-Iran, Hormuz, le cessez-le-feu Israël-Hezbollah et la décision norvégienne sur les colonies.

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