Économie sociale critique

GAFI, banques du samedi, grands projets : l’État veut rassurer les marchés sans libérer la société

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Le retrait de l’Algérie de la liste grise du GAFI, l’ouverture annoncée des banques le samedi, les communications sur Sonelgaz, Gara Djebilet et Naftal au Niger dessinent une même scène : l’État veut afficher une normalisation économique. Mais la normalisation n’est pas encore une transformation.

Le fait est important : l’Algérie est sortie, le 19 juin 2026, de la liste grise du Groupe d’action financière. Sur le papier, c’est une bonne nouvelle. Un pays placé sous surveillance renforcée pour ses dispositifs de lutte contre le blanchiment, le financement du terrorisme et la prolifération porte un stigmate coûteux. Il inquiète les banques correspondantes, complique les transactions, alourdit la vigilance des opérateurs et signale une faiblesse de conformité. En sortir vaut donc mieux que d’y rester.

Mais un pays ne se réforme pas par communiqué. Le retrait de la liste grise atteste d’un progrès institutionnel ciblé, non d’une conversion générale à la transparence. Il indique que des textes, procédures et mécanismes de contrôle ont suffisamment répondu aux attentes du GAFI. Il ne dit pas que l’économie réelle a été libérée de ses verrous : opacité foncière, bureaucratie bancaire, accès inégal au crédit, privilèges de réseaux, confusion entre décision économique et tutelle administrative.

La décision imposant aux banques d’assurer une permanence le samedi à partir du 10 juillet participe de cette même logique : améliorer l’accès apparent au service sans toucher encore au cœur du problème. Ouvrir les guichets un jour de plus peut faciliter certaines opérations. C’est utile pour les salariés, les commerçants, les retraités, les familles et les petites entreprises. Mais l’enjeu bancaire algérien ne se réduit pas à une question d’horaires. Il tient à la qualité du service, à la numérisation effective, à la relation de confiance, à l’accès au financement productif, à la capacité de traiter vite, clairement et équitablement les dossiers.

Sur un autre registre, Sonelgaz annonce un renforcement de plus de 1850 MW pour faire face aux pics de consommation estivale. Là encore, le fait est significatif. Un pays soumis à la chaleur, à l’urbanisation, à l’équipement massif des ménages et à l’extension des besoins industriels doit sécuriser sa production électrique. Mais la réponse par augmentation de capacité reste insuffisante si elle n’est pas accompagnée d’une stratégie de sobriété, d’efficacité énergétique, de tarification lisible, de modernisation des réseaux et d’intégration sérieuse du solaire. Produire plus n’est pas une politique complète. C’est une nécessité défensive.

La mine de Gara Djebilet relève de la même dramaturgie nationale : immense promesse, coordination ministérielle, réunion de suivi, langage de souveraineté industrielle. Le projet peut être structurant. Il peut contribuer à construire une base sidérurgique, désenclaver des territoires, créer des chaînes de valeur et réduire certaines dépendances. Mais l’histoire économique algérienne est pleine de projets monumentaux transformés en vitrines administratives. L’enjeu n’est pas d’annoncer l’exploitation d’un gisement. L’enjeu est de prouver la maîtrise de toute la chaîne : extraction, transport, transformation, formation, maintenance, sous-traitance locale, environnement, rentabilité, exportation.

La mission de Naftal au Niger ouvre, elle, une fenêtre régionale. Coopérer avec Sonidep sur les infrastructures de carburants, le GPL, le bitume ou les bouteilles de gaz peut s’inscrire dans une projection sahélienne utile. L’Algérie ne peut pas parler de profondeur stratégique au Sud sans construire des instruments économiques concrets. Mais là encore, tout dépendra de l’écart entre la visite officielle et la contractualisation réelle, entre le protocole et l’investissement, entre la photo de délégation et le réseau logistique durable.

Ce que révèle cette séquence, c’est une tension profonde de l’économie algérienne. L’État veut rassurer les institutions financières internationales, montrer qu’il adapte ses banques, qu’il renforce l’énergie, qu’il active les mines, qu’il avance vers le Sahel. Il veut apparaître comme un État stratège. Mais il reste souvent un État administrateur, jaloux de son contrôle, convaincu qu’une réunion de coordination peut remplacer un écosystème productif.

Le pays a besoin de conformité, certes. Il a besoin de banques ouvertes, d’électricité disponible, de mines exploitées, d’entreprises publiques actives au Niger. Mais il a surtout besoin d’une économie où les citoyens, les PME, les ingénieurs, les agriculteurs, les collectivités, les diasporas et les travailleurs ne soient pas réduits au rôle de bénéficiaires passifs d’annonces venues d’en haut. La souveraineté économique ne se décrète pas. Elle se construit par institutions fiables, information transparente, capacité productive, justice commerciale et responsabilité publique.

La sortie de la liste grise peut être un point d’appui. Elle deviendra un tournant seulement si elle ouvre un cycle de réforme plus profond : moins d’arbitraire, plus de règles, moins de rente, plus de production, moins de façade, plus de société économique réelle. Sans cela, le pays aura simplement gagné une mention favorable dans les circuits de conformité internationale, pendant que l’économie nationale continuera de fonctionner sous cloche.

Yaqoub Mellali

Sources utilisées

  • Presse : TSA Algérie, “Blanchiment d’argent : le Gafi retire l’Algérie de sa liste grise”.
  • Presse : Algérie Eco, “L’Algérie retirée de la liste grise du GAFI”.
  • Presse : TSA Algérie, “Algérie : les banques obligées d’ouvrir le samedi dès le 10 juillet”.
  • Presse : Algérie Eco, “Une délégation de Naftal en mission au Niger”.
  • Presse : Algérie Eco, “Été 2026 : Sonelgaz renforce ses capacités de production de plus de 1850 MW”.
  • Presse : Algérie Eco, “Exploitation de la mine de Gara Djebilet”.

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