{"id":6528,"date":"2026-05-29T22:50:42","date_gmt":"2026-05-29T20:50:42","guid":{"rendered":"https:\/\/mezghena.org\/index.php\/2026\/05\/29\/engrais-maroc-afrique\/"},"modified":"2026-05-29T22:50:42","modified_gmt":"2026-05-29T20:50:42","slug":"engrais-maroc-afrique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mezghena.org\/index.php\/2026\/05\/29\/engrais-maroc-afrique\/","title":{"rendered":"Engrais : la puissance phosphati\u00e8re marocaine face \u00e0 sa d\u00e9pendance invisible"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La crise des engrais rappelle une v\u00e9rit\u00e9 souvent masqu\u00e9e par les grands r\u00e9cits de souverainet\u00e9 alimentaire : avant le bl\u00e9, le riz ou le ma\u00efs, il y a le gaz, le soufre, l\u2019ammoniac, les phosphates, les navires, les ports et les prix. L\u2019Afrique peut produire des engrais sur son sol et rester d\u00e9pendante d\u2019une cha\u00eene mondiale qu\u2019elle ne contr\u00f4le pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Maroc occupe une place centrale dans cette \u00e9quation. Avec l\u2019OCP, il dispose d\u2019un g\u00e9ant mondial des phosphates et des engrais phosphat\u00e9s. Cette puissance donne au royaume un levier \u00e9conomique et diplomatique consid\u00e9rable en Afrique. Mais la crise de 2026 autour du d\u00e9troit d\u2019Ormuz et des approvisionnements en soufre montre que m\u00eame une puissance phosphati\u00e8re ne ma\u00eetrise pas toute la cha\u00eene.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le soufre, d\u00e9tail technique devenu enjeu strat\u00e9gique<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La FAO a averti en mars 2026 que les perturbations autour d\u2019Ormuz se traduisaient d\u00e9j\u00e0 par une hausse des co\u00fbts pour les agriculteurs. Selon l\u2019organisation, les prix mondiaux des engrais pourraient rester en moyenne 15 \u00e0 20 % plus \u00e9lev\u00e9s au premier semestre 2026 si la crise persistait. La hausse touche les engrais, mais aussi le carburant, l\u2019irrigation, le transport et l\u2019ensemble de la valeur agricole.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le cas des phosphates, le soufre est essentiel \u00e0 la transformation de la roche phosphate en acide phosphorique. Or une partie importante du commerce mondial de soufre d\u00e9pend des flux du Golfe. Quand cette circulation se tend, le phosphate africain lui-m\u00eame devient vuln\u00e9rable. La souverainet\u00e9 mini\u00e8re rencontre la d\u00e9pendance chimique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Argus Media a indiqu\u00e9 le 2 avril 2026 que l\u2019OCP avan\u00e7ait des op\u00e9rations de maintenance affectant jusqu\u2019\u00e0 30 % de sa capacit\u00e9 de production au deuxi\u00e8me trimestre. Le groupe a ses propres arbitrages : pr\u00e9server ses marges, s\u00e9curiser ses stocks, adapter ses produits, servir ses march\u00e9s. La question africaine est alors directe : dans un moment de tension, quelle part des volumes reste accessible aux pays les plus vuln\u00e9rables ?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Produire ne suffit pas<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le cas du Nigeria et de Dangote ajoute une autre pi\u00e8ce au puzzle. Reuters a rapport\u00e9 en mai 2026 que le projet d\u2019usine d\u2019ur\u00e9e en \u00c9thiopie devait atteindre 3 millions de tonnes par an, avec un p\u00e9rim\u00e8tre \u00e9largi comprenant pipeline, centrale \u00e9lectrique, emballage et m\u00e9lange NPK. C\u2019est une \u00e9volution majeure : l\u2019Afrique ne veut plus seulement importer des engrais, elle veut produire des intrants agricoles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais m\u00eame cette ambition ne garantit pas l\u2019acc\u00e8s des petits producteurs. Une usine peut exporter vers les march\u00e9s les plus solvables. Un producteur peut privil\u00e9gier les prix internationaux. Un \u00c9tat peut manquer de devises, de logistique ou de m\u00e9canismes d\u2019achat anticip\u00e9. L\u2019engrais peut \u00eatre disponible quelque part et inaccessible au cultivateur qui en a besoin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est l\u00e0 que la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire cesse d\u2019\u00eatre une affaire de slogans. Elle d\u00e9pend des contrats publics, des capacit\u00e9s de stockage, des subventions cibl\u00e9es, du cr\u00e9dit agricole, des r\u00e9seaux de distribution, des calendriers de semis et de la lutte contre les marges sp\u00e9culatives.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le Maroc, puissance et vuln\u00e9rabilit\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour le Maroc, l\u2019OCP est un instrument d\u2019influence africaine. Le groupe vend des intrants, accompagne des programmes agricoles, construit des partenariats et inscrit le royaume dans une diplomatie du sol. Mais cette puissance est aussi expos\u00e9e. Elle d\u00e9pend d\u2019intrants import\u00e9s, de march\u00e9s mondiaux, de financements internationaux et de choix strat\u00e9giques entre rentabilit\u00e9 globale et engagements continentaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il ne faut donc ni minimiser ni mythifier le r\u00f4le marocain. L\u2019OCP est un acteur majeur. Il n\u2019est pas un garant automatique de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire africaine. Aucun groupe, m\u00eame puissant, ne peut remplacer une politique continentale des intrants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019Afrique a besoin d\u2019une strat\u00e9gie plus large : production r\u00e9gionale d\u2019engrais, diversification des sources de soufre et d\u2019ammoniac, capacit\u00e9s de stockage, achats group\u00e9s, m\u00e9canismes anti-crise, soutien aux sols et \u00e0 l\u2019agro\u00e9cologie quand elle r\u00e9duit la d\u00e9pendance aux intrants import\u00e9s. La r\u00e9ponse ne peut pas \u00eatre seulement industrielle. Elle doit \u00eatre aussi agronomique, sociale et politique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La crise d\u2019Ormuz montre que la prochaine crise alimentaire peut commencer loin des champs africains. Elle peut na\u00eetre dans un d\u00e9troit, un prix du soufre, un contrat maritime ou une maintenance industrielle. La souverainet\u00e9 alimentaire ne se mesure pas seulement \u00e0 la quantit\u00e9 produite. Elle se mesure \u00e0 la capacit\u00e9 de ma\u00eetriser ce qui rend la production possible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Yaqoub Mellali<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group lma-sources-utilisees is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow\">\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Sources utilis\u00e9es<\/h2>\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>FAO, 26 mars 2026 : avertissement sur les risques alimentaires li\u00e9s aux perturbations d\u2019Ormuz.<\/li>\n<li>Argus Media, 2 avril 2026 : OCP avance des maintenances affectant jusqu\u2019\u00e0 30 % de la capacit\u00e9 au T2 2026.<\/li>\n<li>Reuters, 18 mai 2026 : projet Dangote en \u00c9thiopie, capacit\u00e9 pr\u00e9vue de 3 millions de tonnes d\u2019ur\u00e9e par an.<\/li>\n<li>ISS Africa, avril 2026 : analyse sur Ormuz, engrais et s\u00e9curit\u00e9 alimentaire africaine.<\/li>\n<\/ul>\n\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Maroc dispose avec l\u2019OCP d\u2019un levier majeur sur les engrais phosphat\u00e9s. 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