{"id":6020,"date":"2026-05-18T01:36:19","date_gmt":"2026-05-17T23:36:19","guid":{"rendered":"https:\/\/lma\/index.php\/2026\/05\/18\/maroc-ble-tendre-politique-prix\/"},"modified":"2026-05-29T00:53:36","modified_gmt":"2026-05-28T22:53:36","slug":"maroc-ble-tendre-politique-prix","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mezghena.org\/index.php\/2026\/05\/18\/maroc-ble-tendre-politique-prix\/","title":{"rendered":"Maroc : le bl\u00e9 tendre comme politique de prix"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le bl\u00e9 tendre n\u2019est jamais un simple produit agricole. Au Maroc, il concentre les contraintes de la s\u00e9cheresse, la d\u00e9pendance aux importations, le co\u00fbt budg\u00e9taire des subventions et la peur politique d\u2019une hausse du pain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le 24 mars 2025, Reuters a rapport\u00e9 que l\u2019Office national interprofessionnel des c\u00e9r\u00e9ales et des l\u00e9gumineuses annon\u00e7ait la prolongation du programme de subventions aux importations de bl\u00e9 tendre jusqu\u2019au 31 d\u00e9cembre 2025. Le dispositif, d\u00e9cid\u00e9 par les minist\u00e8res marocains des Finances et de l\u2019Agriculture selon cette m\u00eame source, visait \u00e0 maintenir les importations dans un contexte de r\u00e9colte insuffisante et de s\u00e9cheresse prolong\u00e9e. Derri\u00e8re cette d\u00e9cision technique se trouve une question plus lourde : comment un \u00c9tat prot\u00e8ge-t-il le prix social du pain quand sa base agricole ne suffit plus \u00e0 garantir l\u2019approvisionnement ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le probl\u00e8me apparent est celui de la disponibilit\u00e9. Il faut du bl\u00e9, il faut des stocks, il faut de la farine, il faut du pain. Mais le probl\u00e8me r\u00e9el est plus profond. Le bl\u00e9 tendre est un n\u0153ud mat\u00e9riel o\u00f9 se rencontrent climat, devises, logistique, budget public, marges priv\u00e9es, consommation populaire et stabilit\u00e9 politique. Dans un pays o\u00f9 le pain reste un aliment central des classes populaires, une rupture d\u2019approvisionnement ou une hausse brutale des prix ne rel\u00e8ve pas seulement de l\u2019\u00e9conomie. Elle touche au contrat social implicite.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le bl\u00e9 comme prix politique<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le bl\u00e9 tendre est un indicateur brutal de d\u00e9pendance. Quand les pluies manquent, la r\u00e9colte recule. Quand la r\u00e9colte recule, les importations augmentent. Quand les importations augmentent, l\u2019\u00c9tat se retrouve expos\u00e9 aux prix internationaux, au fret, aux taux de change, aux strat\u00e9gies des exportateurs et aux arbitrages budg\u00e9taires. La souverainet\u00e9 alimentaire cesse alors d\u2019\u00eatre un slogan : elle devient une \u00e9quation de tr\u00e9sorerie, de silos, de navires et de prix administr\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La prolongation des subventions \u00e0 l\u2019importation montre que l\u2019\u00c9tat ne se contente pas d\u2019observer le march\u00e9. Il l\u2019organise. Il compense, garantit, incite, stabilise. L\u2019objectif imm\u00e9diat est clair : \u00e9viter que le co\u00fbt mondial du bl\u00e9 se transforme directement en choc social. Mais cette protection a un revers. Elle rend visible la distance entre la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire d\u00e9clar\u00e9e et la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire r\u00e9elle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une politique de prix peut prot\u00e9ger les m\u00e9nages. Elle peut aussi masquer la fragilit\u00e9 productive. Si le pain reste accessible parce que l\u2019\u00c9tat subventionne l\u2019importation, la question d\u00e9cisive devient : qui paie l\u2019\u00e9cart entre le prix mondial, le prix int\u00e9rieur et le prix politiquement supportable ? La r\u00e9ponse ne dispara\u00eet jamais. Elle se d\u00e9place vers le budget public, la dette, les arbitrages fiscaux, les marges encadr\u00e9es ou les compromis avec les op\u00e9rateurs.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Stocker, ce n\u2019est pas produire<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le stockage est indispensable. Sans r\u00e9serves, un pays d\u00e9pend de l\u2019arriv\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re des cargaisons, donc des ports, des contrats, du cr\u00e9dit et de la stabilit\u00e9 des routes commerciales. Mais stocker n\u2019est pas produire. Un silo plein peut s\u00e9curiser quelques mois. Il ne transforme pas la structure agricole, ne r\u00e8gle pas la question de l\u2019eau, ne prot\u00e8ge pas les sols et ne r\u00e9duit pas m\u00e9caniquement la facture d\u2019importation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est ici que le discours de s\u00e9curit\u00e9 alimentaire doit \u00eatre examin\u00e9 froidement. L\u2019\u00c9tat peut avoir raison de soutenir le stockage et l\u2019importation dans l\u2019urgence. Il serait irresponsable de laisser le march\u00e9 seul d\u00e9cider du prix du pain. Mais l\u2019urgence permanente finit par devenir un mode de gouvernement. Chaque campagne c\u00e9r\u00e9ali\u00e8re difficile r\u00e9active le m\u00eame m\u00e9canisme : importer, compenser, stocker, annoncer, rassurer. Le pays traverse la crise, mais ne sort pas forc\u00e9ment de la d\u00e9pendance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La s\u00e9cheresse marocaine aggrave cette contradiction. Elle n\u2019est pas un accident isol\u00e9. Elle s\u2019inscrit dans une tendance climatique qui p\u00e8se sur tout le Maghreb : pluies irr\u00e9guli\u00e8res, stress hydrique, pression sur les nappes, arbitrages entre cultures, villes, industrie et agriculture. Dans ces conditions, parler de bl\u00e9 tendre, c\u2019est parler d\u2019eau. Et parler d\u2019eau, c\u2019est parler de choix de d\u00e9veloppement.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une s\u00e9curit\u00e9 alimentaire administr\u00e9e<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le prix du bl\u00e9 tendre n\u2019est donc pas seulement un prix. C\u2019est un signal politique. S\u2019il augmente trop vite, il r\u00e9v\u00e8le ce que les dispositifs administratifs cherchent pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 contenir : la fragilit\u00e9 des revenus populaires et la d\u00e9pendance du panier alimentaire \u00e0 des march\u00e9s ext\u00e9rieurs. S\u2019il reste stable par subvention, il rassure imm\u00e9diatement, mais il reporte la facture.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00c9tat marocain intervient parce qu\u2019il sait qu\u2019un produit de base ne peut pas \u00eatre abandonn\u00e9 \u00e0 la seule logique marchande. Sur ce point, l\u2019intervention publique n\u2019est pas une anomalie. Elle est la reconnaissance implicite que l\u2019alimentation populaire est un terrain de souverainet\u00e9. La question n\u2019est donc pas de savoir s\u2019il faut intervenir, mais quelle intervention construit une autonomie r\u00e9elle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Importer pour \u00e9viter la p\u00e9nurie est une r\u00e9ponse n\u00e9cessaire. Importer durablement sans transformation productive est une d\u00e9pendance organis\u00e9e. Subventionner pour maintenir le prix du pain est une protection sociale indirecte. Subventionner sans d\u00e9bat sur l\u2019eau, les cultures, les marges, les stocks et les revenus agricoles est une gestion \u00e0 court terme de la vuln\u00e9rabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est la contradiction centrale du bl\u00e9 tendre marocain : plus l\u2019\u00c9tat s\u00e9curise les prix, plus il montre que le march\u00e9 ne garantit rien ; plus il compense les importations, plus il r\u00e9v\u00e8le la faiblesse de la base productive ; plus il stocke, plus il rappelle que la souverainet\u00e9 ne se trouve pas seulement dans les silos.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le bl\u00e9 tendre dit une chose simple : la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire ne se mesure pas au calme des vitrines, mais \u00e0 la capacit\u00e9 d\u2019un pays \u00e0 ma\u00eetriser ce qui nourrit son peuple. Quand le prix du pain d\u00e9pend de la pluie, du dollar, des navires, des subventions et des stocks, la question agricole devient imm\u00e9diatement une question sociale.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group lma-sources-utilisees is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow\">\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Sources utilis\u00e9es<\/h2>\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Reuters, 24 mars 2025 : annonce de la prolongation par l\u2019ONICL des subventions aux importations de bl\u00e9 tendre jusqu\u2019au 31 d\u00e9cembre 2025.<\/li>\n<li>Hespress : source initiale issue de l\u2019archive LMA, \u00e0 v\u00e9rifier avant publication.<\/li>\n<li>ONICL et minist\u00e8res marocains concern\u00e9s : documents institutionnels \u00e0 consulter avant validation finale.<\/li>\n<\/ul>\n\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le bl\u00e9 tendre n\u2019est jamais un simple produit agricole. 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